Les NF2Z : la suite… Chapitre 2

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Les NF2Z – Transposition

Auteurs : Paule Valois et Clarisse Lanos

En feuilleton… Chapitre 2

Nathan, étendu à terre, reprend son souffle. Il entend des bruissements légers à proximité : « Il y a quelqu’un ? Zack ? »
— Ne me crie pas comme cela dans les oreilles !

Son ami est assis juste à côté de lui. Il devine seulement les contours de son corps car il fait sombre. Zack a les bras posés le long du corps. Il est comme abattu après des heures de marche.
— Zack, tu es là. Je suis content. J’ai eu peur.
— Moi aussi. Je me demande si nous n’avons pas de bonnes raisons d’ailleurs.
Zack regarde autour de lui. Nathan est encore sonné.
« On est où ? » lance une voix inquiète.

Nathan et Zack sursautent :
— Qui vient de parler là ?
— Ben c’est moi les amis, c’est Fabien. Il rit un peu.

— Je ne sais pas, on est dans l’étoile noire peut-être, répond Zack.
Il se met la main devant la bouche et souffle d’une voix rauque : « Fabien je suis ton père ».
— Franchement les mecs, ce n’est pas drôle.

Nathan hausse les épaules. Il tremble légèrement :
— On ne voit rien ici, je n’aime pas trop ça.

Zack tapote sa poche :
— Attends, j’ai quelque chose qui va t’aider.
Il sort sa tablette, l’allume et lance l’application « lampe de poche ».
— Ça te va ?
— Super, mais tu n’es pas obligé de m’envoyer la lumière directement dans la figure.
— Pourquoi ? Ça te fait une super mine.
Zack place la tablette sous son propre visage, l’éclairant d’une lumière bleutée.
— Tu aimes mon nouveau fond de teint ? C’est « Bleu Cadavre » de chez « Wonderful Dead », le teint qui vous va si bien.
Zack écarquille les yeux et sort une langue d’agonisant. Nathan esquisse un sourire. Il sait que son ami ferait tout pour le mettre à l’aise.

Zack dirige sa tablette pour étudier ce qui les entoure :
— Les gars, on est dans un endroit fermé.

« Regardez là-bas ! dit Fabien. On dirait de la lumière ».

Les deux autres tournent le regard dans la direction indiquée.
— Oui, en effet. Allons de ce côté.

Nathan fait un geste des deux mains pour arrêter son ami :
— Attends, on ne sait pas ce qu’on va trouver là-bas. On ne sait même pas où nous sommes d’ailleurs.
— T’as raison, répond Zack. Tout ce que je sais c’est qu’on ne l’apprendra pas en restant assis là.

Il se lève brusquement et pousse un petit cri, ses jambes lui font mal. Les autres aussi grimacent de douleur en se mettant debout.
— J’ai mal partout, comme si j’avais fait du sport, dit Nathan en se frottant les jambes.
— Mais tu ne fais jamais de sport, se moque Fabien.
— En tout cas c’est cool que tu aies ta tablette, dit Nathan en s’adressant à Zack pour changer de sujet.
— Oui. Je venais juste de la ranger dans ma poche quand…
— Et moi, coupe Fabien, j’ai mon mini skate-board avec moi, c’est marrant, vous ne trouvez pas ? Je le tenais dans la main quand j’ai été embarqué ici.

Ils se mettent en route vers la lumière. Quelques minutes de marche difficile dans la pénombre, sur un sol mou et humide, aidés par l’éclairage de la tablette, puis ils se retrouvent devant ce qui ressemble à une énorme porte. Fabien tente de l’ouvrir d’un coup d’épaule, sans succès.

— T’as pas vu la taille de cette porte ? le rabroue Zack. Tu te prends pour Hercule ou quoi ? Et puis n’ouvre pas les portes sans l’autorisation des autres parce que ça peut être dangereux.
— C’est bon, Zack, laisse-le, il veut bien faire. On va essayer de trouver comment ouvrir cette porte, tous ensemble.
Ils appuient tous les trois, de toutes leurs forces, contre le vantail. La porte ne fait aucun mouvement. Les trois garçons se regardent avec inquiétude. « On va mourir ! lance Nathan. Il ne fallait pas cliquer sur cette fenêtre pop-up ! »

— J’ai mon sac à dos et il y a encore ma bouteille de jus d’orange dedans. Il reste aussi des gâteaux de mon goûter. On peut survivre un peu avec ! répond une petite voix aigrelette derrière eux.

Les garçons sursautent et se retournent.
— Hein ! Qui est là ? demande Nathan
— Ben c’est moi, Zoé.

Fabien d’abord ébahi devant l’apparition retrouve sa voix au bout de quelques instants. Il est en colère :
— Zoé ? Qu’est-ce que tu fais là ?
— Ah ça, je ne sais pas. Et toi, tu sais ce que tu fais là ?
— Il faut toujours que tu sois collée à moi ! Même dans les coups complètement dingues.

Fabien semble terriblement déçu. Il s’assoit par terre, comme si les murs autour s’étaient abattus sur lui :
— Les amis, je suis dépassé ! Cette gamine est avec nous, je ne comprends pas.

Zack lui fait signe de se calmer :
— Ça s’explique va ! Tu ne t’en es pas aperçu car elle est restée anonyme mais j’ai autorisé cette « gamine » comme tu dis à nous rejoindre en multijoueur ! Si tous les joueurs présents dans la map ont été projetés ici c’est normal qu’elle y soit.
— Tu lui as donné les codes, comme à moi ?
— Oui, je lui ai donné les codes.

Zack soupire, s’arrête un instant puis reprend en désignant la porte. « De toute façon, cela ne change rien à notre situation ». Il soulève ce qui ressemble à un battant et pousse doucement la porte de bois : « Aidez-moi ! »

Ils reprennent leurs efforts et la porte s’ouvre dans un léger crissement de métal rouillé. Les trois garçons et la petite fille s’interrogent du regard, lèvent la tête vers le soleil qui brille mais ne leur donne aucune réponse. Eblouis, ils restent sur place, immobiles un moment. Puis, leurs yeux habitués à la vive lumière, ils voient enfin. « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » s’interroge Nathan.
— Une rue, répond Zack, une rue pavée et, il relève la tête, il y a une maison de pierre en face de nous.

Sans y réfléchir ils ont fait quelques pas hors de leur abri. La porte se referme derrière eux avec fracas, ils sursautent puis, inondés de lumière, ils sentent la chaleur du soleil sur leurs visages, étonnés.

« C’est pas chez nous » commente Zoé, la voix tranquille.
— Non, c’est pas chez nous, reprennent les autres en chœur, éberlués par le spectacle.
— On y va ? propose Zack, tout excité.
— T’es sûr ? demande Nathan, la mine défaite.
— A moins que tu ne préfères retourner dans notre trou ténébreux de tout à l’heure, on n’a pas trop le choix, répond Zack.
— OK, dit Nathan.
— OK, reprend Zoé.

Les quatre marchent lentement dans la ruelle. Ils descendent une volée de marches puis une autre et encore une autre, rejoignant de nouvelles ruelles qui tournent à angle droit et semblent se perdre parmi les bâtisses. Des maisons à toits plats, collées les unes aux autres, de murs parfois couverts d’inscriptions étranges gravées dans la pierre. Les enfants ont l’impression de tourner en rond. Tout à coup, Zack les entraîne dans un recoin et lance : « Je sais où se trouve la place principale, celle du Grand temple ! » Il les guide. Ils empruntent bientôt une rue pavée beaucoup plus large que les autres et dont les parties latérales sont couvertes d’un long toit de tuiles, dégageant une sorte de couloir pour marcher à l’ombre. Nathan regarde Zack et un sourire radieux gagne son visage.

Zack hoche la tête puis reprend :
— Vous savez pourquoi je le sais ? Je le sais parce que c’est notre ville. De la vraie 3D ! crie-t-il. Notre ville. Regardez l’aqueduc là-bas, ajoute-t-il en faisant un large mouvement de la main. Elle est réussie hein ?
— Superbe ! On a gagné le premier prix du jeu ! répond Nathan.
— Profitons-en répond Zack.
Ses yeux brillent, il est heureux : il marche dans sa ville !

Ils avancent et débouchent sur une place rectangulaire entourée de gradins comme pour accueillir des orateurs ou des spectacles. Ils s’approchent d’un bâtiment en construction, les toits en terrasse recouverts d’arbres nains sont magnifiques.

« Eh ! Le temple ! hurle Fabien en montrant du doigt la masse et les piliers qui apparaissent sur la droite ».
— Ouah ! Regarde mes piliers. Ils sont superbes en volume !

Ils se mettent à marcher de plus en plus vite vers le temple et croisent une femme qui tient un enfant par la main ; elle porte une longue jupe à volant bleue, un boléro jaune et une large ceinture à rayures bleues et jaunes. Ses cheveux sont relevés en chignon. L’enfant porte les cheveux longs et un petit pagne de toile écrue lui recouvre à peine les jambes. Il les regarde avec curiosité tout en marchant. Nathan s’arrête tout à coup :
— Les amis, vous avez vu ce que j’ai vu ?
— Ouais, un gamin avec sa mère.
— Et ça ne vous étonne pas ?

Les autres se regardent, ne sachant que penser. Nathan poursuit.
— Est-ce qu’on a fabriqué des personnages pour peupler notre ville ? Non. Qui les a faits alors ? Et pourquoi ce gamin nous regarde-t-il comme si on tombait de la planète Mars ?

La femme relève la tête à cet instant et s’arrête, les observe de la tête aux pieds, le visage grave, puis leur sourit avant de repartir très vite, entraînant l’enfant. Deux hommes vêtus de pagnes courts de toile blanche aux pans croisés devant, portent chacun sur l’épaule une amphore de terre cuite visiblement lourde de provisions. Ils les croisent, les regardent, eux aussi, d’un air étonné, mais plutôt bienveillant. Ils échangent quelques paroles à voix basse.
— Ma parole ! Qui commande ce jeu ? demande Zack, d’un ton empreint d’admiration. Les personnages sont incroyables de réalisme.

Concentré, il a les yeux perdus dans le vague. Puis il prend une grande respiration et lance, transporté de joie : « On a fait une ville et elle est tellement réussie qu’elle est vraiment habitée ! »
— Et t’as vu la manière dont ils sont habillés, on dirait vraiment des vêtements de l’Antiquité ! s’exclame Fabien.
Zoé intervient, visiblement sereine : « Normal, ces gens sont de l’Antiquité ! »

Ils restent sur place tous les quatre, heureux de leur réussite, se lançant des sourires complices. Zack s’appuie contre un mur et sursaute tout de suite en poussant un petit cri : « Ha ! C’est de la vraie pierre ! C’est incroyable ! »

Nathan qui transpire à grosses gouttes lui tape sur l’épaule :
— He, mon ami, on se réveille ! T’as pas compris ? Ne me dis pas que t’as pas compris ! On est dans une ville habitée !
Les autres se mettent à rire à cette blague tout en touchant les murs eux aussi.

Alors que Nathan ouvre la bouche pour parler, une voix grave surgit derrière lui : « Poussez-vous du chemin les p’tits ! ». Le rythme de la langue leur semble inconnu mais les enfants comprennent tout de suite le sens des paroles. L’homme assis sur l’avant d’une carriole a des bras musculeux. Il tient fermement les rênes passées autour du cou d’un âne tranquille. Zack, qui reste debout à fixer l’apparition, est légèrement bousculé par le lent équipage. Les enfants, surpris, se collent contre un mur. Une odeur de poisson monte de la carriole. « Arès, enfin ! Je t’attendais. Tu en mets du temps ! » crie une femme surgie d’un coin de la place, les mains sur les hanches, habillée d’une robe longue qui a dû être blanche un jour.

— J’arrive, j’arrive Firma.
L’homme aux poissons approche sa carriole, arrête l’âne d’un geste ferme puis lâche les rênes, descend, se dirige vers la femme et lui attrape le visage qu’il attire vers lui en souriant : « comment va ma belle déesse de la mer ? »

La déesse lui tape sur les mains : « bas les pattes Arès. Je t’ai dit mille fois de ne pas me toucher avec tes mains poisseuses ».
— Mais j’aime quand ma femme sent le poisson frais, dit l’homme d’un ton enjoué.

« Beurk ! » lâche Nathan en faisant la grimace. « Ecœurant », ajoute Zack à voix basse.

— Viens poser la marchandise sur l’étal. J’ai des clients qui m’ont déjà réclamé la pêche de ce matin.
— Oui, ma Firma !

Tandis que l’homme s’exécute en saisissant ses paniers de poissons, la femme remarque les enfants de l’autre côté de la place, les observe attentivement puis se parle à elle-même : « Mais qu’est-ce que c’est que ces spécimens d’enfants ? Ils viennent du continent sûrement ». Elle hausse les épaules, s’éloigne un peu puis se retourne en les regardant fixement.

« Il est temps de partir » dit Nathan en s’engageant dans une ruelle. Les autres le suivent, encore étonnés par la scène qu’ils viennent de voir.

Soudain, deux hommes qui portent des vestes formées de plaques de cuivres s’approchent d’eux d’un air décidé. Ils s’arrêtent non loin et les regardent un instant avec méfiance. Les enfants grimacent et ne savent pas quoi faire. L’un des gardes lance une phrase à leur intention : il veut savoir qui ils sont et d’où ils viennent. Fabien lance tout à coup un ordre : « Coureeeez… ». Les quatre enfants s’élancent, les hommes se jettent à leur poursuite. Ils entrent à la suite de Zack dans une rue bordée d’arches de pierre derrière lesquels on aperçoit des étalages recouverts de paniers de grains, peaux d’animaux, fruits, herbes et légumes. Les gens se retournent sur leur passage et l’on discute bon train. Les enfants serpentent entre les groupes pour échapper à leurs poursuivants. Des personnes rient en les voyant, montrent du doigt leurs vêtements. Certains font mine de les attraper. La pression de leurs mains, la force de leurs bras le prouvent : ces gens sont bien vivants ! Les enfants paniquent.

En quelques dizaines de mètres ils sont rattrapés. Les gardes les immobilisent et s’adressent à eux :
— He, vous ! Quel est votre nom ? Pourquoi courez-vous ? Si vous avez commis un vol vous serez punis avec sévérité !
— Ne nous faites pas de mal ! Nous sommes en train de construire cette ville ! Nous y avons été projetés ! explique Zack.

Les gardes, ou ce qui y ressemble, rient à cette annonce et se moquent du garçon.
— Ah oui !

Puis l’un d’eux cesse de rire, fronce les sourcils et s’adresse à son collègue : « Cette phrase étrange signifie peut-être qu’ils sont les éclaireurs d’un peuple qui veut envahir l’île. Encore des Grecs sans doute ! Ou même d’autres peuples de la mer ! Amenons-les au grand fonctionnaire de la Sécurité ! »

Fabien lance le signal du départ par un grand cri : « On déguerpit ! » Les autres le suivent en courant le plus vite possible. Zack se retourne. Soudain un bloc de pierre surgit entre eux et leurs poursuivants qui trébuchent dessus, manquent de tomber mais reprennent leur course. Alors ce sont deux, trois, quatre, cinq pierres qui s’ajustent, forment rapidement un mur qui fait disparaître les gardes à la vue des enfants. Les enfants continuent de courir jusqu’à ce qu’ils aperçoivent une maison éboulée sur la droite de la chaussée. Zack s’y engouffre et les autres à la suite. Ils se cachent dans un couloir dont les parois sont à demi effondrées. Enfin ils peuvent s’arrêter pour reprendre leur souffle. Zoé lance un cri d’admiration :
— Ça alors ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

Zack se gratte la tête :
— J’ai pensé très fort à des blocs de pierre, à l’endroit où elles devaient être placées pour arrêter les gardes et des pierres sont arrivées !
— Tant mieux ! s’exclame Fabien en tapant du pied par terre. Ces brutes n’ont rien compris à ce que tu leur as dit. C’était clair pourtant !

A ce moment la terre se déchire suivant une ligne inquiétante, des cailloux roulent en éboulis poussiéreux, comme dans un entonnoir, et le sol lâche d’un coup. Ils glissent brutalement dans un trou à quelques mètres en dessous, sur un terrain sableux qui heureusement limite la douleur de la chute.

— Ho, c’est trop ! Se lamente Nathan. J’en ai marre moi de la tournure que prend ce jeu. Je veux arrêter !

Les autres le regardent avec insistance, leurs visages, préoccupés, sont recouverts de poussières. Ils parlent en cœur : « T’as la méthode toi ? Non. On est mal, parce que nous non plus ! »