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 de Paule Valois et Clarisse Lanos

Les NF2Z – Transposition

Tout le chapitre 1…

Chapitre 1

Les rayons du soleil inondent la salle de classe et illuminent la poussière en suspension. Nathan respire profondément. Il aime sentir l’odeur rassurante de la craie. La salle de classe est son territoire, rien ne peut lui arriver ici.

« Mais t’as rien noté ! » s’exclame-t-il à l’adresse de son voisin.
— Pas grave, tu me fileras tes notes, répond Zack.
— Oh, j’hésite… T’as qu’à écouter.
— Mais j’écoute, figure toi. Je peux écouter et dessiner en même temps.
— Tu devrais écrire au lieu de dessiner. D’abord, qu’est-ce que tu dessines ?
— Un temple grecque dédié à la grande déesse Athéna, souffle Zack avec malice.
— Fais voir.
— Si tu me files tes notes.
— Non.

Nathan se penche sur Zack pour voir son dessin mais celui-ci le cache aussitôt avec la main.
— Allez, fais pas ta diva, dit Nathan.

Zack, quasiment allongé dans sa chaise, continue à dessiner tout en cachant son œuvre à son meilleur ami. Zack aime le taquiner. Nathan réagit toujours de la même manière : invariablement, il plisse le nez tout en pinçant les lèvres, ce qui fait sourire Zack à chaque fois.

La prof d’histoire se place devant Nathan et pose sa copie devant lui : « Félicitations Nathan, un très bon travail ».

Alors que la prof continue sa distribution, Zack se penche sur la gauche pour voir la note de Nathan et écrire dans le petit coin en haut à droite de son devoir : « Je m’appelle Nathan et je suis le chouchou de madame Zeppelin ».
— Pff ! Nathan repousse violemment la main de Zack.

« Zacharie ! » interpelle madame Zeppelin. Zack sursaute et se redresse sur sa chaise, fait tomber ses stylos et cahiers. Nathan essaie de rire discrètement.

Madame Zeppelin fait tomber le devoir sur la table.
« Cela a failli être bien, mais j’ai demandé la vie politique de la cité grecque et pas son architecture ! Vous êtes en 6e maintenant, un peu de concentration vous ferait du bien. »

Nathan se penche sur le devoir de Zack et écrit dessus « Trop style ta note ».
— Parle à ma main, fait Zack faisant mine de bouder.
— Un peu de concentration Zacharie, c’est vrai quoi !
— Arrête ! Tu sais que je déteste qu’on m’appelle Zacharie.
Puis les deux amis se regardent et pouffent de rire.
— Alors tu me montres le temple de ta super déesse, demande Nathan.
Zack glisse son cahier vers son ami.
— Ouah, trop classe. T’es vachement doué. Et puis, j’adore les colonnes.
— Au fait, il a combien Fabien ? demande Zack.
Les deux garçons se retournent vers Fabien, assis presque au fond de la salle de classe.
— Alors ? murmurent les deux garçons en montrant leurs devoirs.
Fabien répond en faisant la grimace.

La sonnerie retentit fortement dans la salle de classe et déclenche une réaction immédiate des élèves. Tous jettent avec force leurs cahiers dans les sacs et se dégagent de leurs tables en faisant grincer ou tomber les chaises avec fracas.

— Je vous rappelle, crie madame Zeppelin, que vous avez un contrôle la semaine prochaine sur la mythologie. Tâchez de réviser pour rattraper les résultats médiocres d’aujourd’hui.
Dans un énorme brouhaha, tous les élèves se précipitent en même temps vers la porte d’entrée de la salle créant ainsi un bouchon énorme. Fabien prend son sac dans les bras, fait un clin d’œil à Zack et fonce dans le tas en criant « mÊlÉÉÉÉÉÉÉÉÉ… ». Des cris et des insultes retentissent de toutes parts.

C’est pourtant un Fabien calmé que Nathan et Zack retrouvent à la sortie du collège. Il a un pied déjà posé sur son skateboard.
— T’en as écrasé combien en sortant cette fois-ci ? demande Zack tout en marchant.
— Je sais pas, dit Fabien tout content d’être sorti le premier.
— Un jour tu trouveras plus fort que toi et c’est toi qui te feras écraser, dit Nathan.
— Mouais, j’étais pressé, dit Fabien.
— Pressé de quitter le cours, dit Zack en riant.
— Ouais, j’aime pas l’histoire.
— On sait, disent Nathan et Zack en cœur.
— Tu l’as dit la semaine dernière, fit Nathan.
— Et la semaine d’avant, dit Zack.
— Et la semaine encore avant, dit Nathan en riant.
— Tais-toi ou je te fais manger ta note de premier de la classe, dit Fabien grognon.
— Ne fais pas la tête, tu te rattraperas sur la mythologie. C’est plus simple que la vie politique de la cité grecque.
— Sans compter que c’est que des histoires d’amour entre les dieux et les déesses, fit Zack. Nathan en sait quelque chose lui qui kiffe trop madame Zeppelin.
— N’importe quoi ! grogne Nathan.
— Elle est jolie avec ses lunettes carrées et ses longs cheveux blancs, n’est-ce pas chouchou ? fait Zack en donnant une tape dans le dos de Nathan.
— Tu dis ça parce que t’es jaloux, dit Nathan en riant.

Les trois garçons continuent d’avancer. Ils habitent le même quartier résidentiel à 25 minutes à pied du collège. Depuis qu’ils ont l’âge d’aller à l’école sans les parents, c’est-à-dire l’école primaire, Zack et Nathan font le chemin ensemble. Sac sur le dos, Nathan est toujours à vélo. C’est d’ailleurs à vélo qu’il a connu Zack, à l’âge de 6 ans. Il roulait sur le trottoir, en face de sa maison quand il a butté contre le barrage que Zack avait construit au-dessus du caniveau avec des planchettes de bois. Bien entendu Zack avait poussé le démolisseur de barrage qui était tombé à terre puis les deux avaient pleuré de dépit en se mesurant du coin de l’œil. Mais ils s’étaient très vite réconciliés en reconstruisant le barrage ensemble. Depuis ce jour, ils sont les meilleurs amis du monde.

Zack porte son sac sur l’épaule et préfère marcher. Cela l’aide à réfléchir, dit-il. Et pour cela il lui faut quelques accessoires indispensables : un carnet, un crayon et, depuis peu, sa tablette graphique. Zack ne perd jamais l’occasion de faire un croquis d’une maison, d’un pont ou d’un monument. Et comme il aime marcher pour réfléchir il doit être à l’aise dans ses baskets. Il est donc inséparable de ses baskets à l’étoile blanche, en jean. Jamais on n’a vu Zack chaussé autrement.
— En fait, t’es déçu de ta note, dit Nathan à Zack.
— Moi, je préfère dessiner les cités des Grecs plutôt que de connaître leur vie, répond Zack.
— Ok, c’est plus amusant. Mais tu fais comment pour construire les villes si tu ne sais pas comment vivent les habitants ? demande Nathan.
— T’as raison chouchou. Je n’y avais pas pensé, dit Zack. He Fabien ! On t’a pas beaucoup vu ces derniers jours sur Kuadratus. Sais-tu qu’on a commencé à construire une ville antique ?
— J’ai eu des choses à faire, répond Fabien un peu gêné.
— N’oublie pas que tu es encore à l’essai, dit Zack. Je ne vais plus t’autoriser à entrer dans le jeu si ça ne t’intéresse pas.
Fabien pâlit : « t’inquiète ! »
— Tu commences à construire ce soir le temple que tu as dessiné tout à l’heure en cours ? demande Nathan à Zack.
— Quoi, tu dessines en cours ! s’exclame Fabien.
— Et oui, m’sieur ne prend pas de note, dit Nathan.
— Pas besoin, je retiens tout, fait Zack en se tapant le front avec l’index.
— Sauf ce que tu oublies, réplique Nathan.
— Et puis si tu veux qu’on avance, faut bien dessiner les plans. D’ailleurs les mecs j’ai pensé à un truc, on pourrait…

Il se tait car tout à coup Fabien arrête du pied son skateboard sur le trottoir devant l’école élémentaire. Le trio s’immobilise. Pendant que Zack donne ses instructions, Fabien l’écoute en relevant discrètement la tête pour observer la sortie de l’école Les Prunelles sans en avoir l’air. Chaque jour, Fabien est obligé de venir chercher sa petite sœur Zoé.

— Bonjour les garçons ! lance une petite fille qui suce un réglisse. Elle porte un sac à dos rose à tête de vache, un tee-shirt rose, une jupe rouge et des chaussures assorties à grosses fleurs rouges.
— Rahhhhh, je t’ai déjà dit de pas les appeler comme ça, dit Fabien, les dents serrées, à sa petite sœur.
— Pourquoi, ce ne sont pas des garçons ? demande Zoé.
— Bien sûr que nous sommes des garçons, dit Zack amusé.
Les trois garçons accompagnés de la petite fille repartent vers leur domicile dans le quartier résidentiel Les Acacias.
— Moi je suis un garçon, dit Zack, Nathan aussi mais je suis pas certain pour ton frère.
— Et je suis quoi alors ? bougonne Fabien.
— Un troll, dit Nathan.
— Je dirais même plus, un troll des montagnes en skate, dit Zack en riant et sautillant sur le trottoir.
— Marrant, très marrant, répond Fabien. T’as trop lu les romans de Tolkien.
— En même temps, les trolls se changent en pierre aux premiers rayons du soleil, dit Nathan. Alors, je dirais plus, un Uruk-hai.
— Waouh, t’as raison c’est vachement mieux ! fait Zack. Fabien, attends ! Je vais te faire la marque de la main de Sarouman.
Au moment où Zack s’approche de Fabien pour lui mettre la main sur le front, Fabien recule en brandissant ses points.
— Cool mec, Sarouman ne te veut pas de mal, dit Zack en riant.

Zack se retourne vers Zoé. Il ne sait pas pourquoi mais il éprouve un peu de tendresse pour cette petite fille :
— Alors, qu’as-tu appris aujourd’hui ?
— Nous avons appris à dessiner des volumes.
— Ah super, tu as dessiné quoi ? demande Zack.
— J’ai dessiné un cube. J’ai aussi appris à utiliser l’équerre et le compas.
— Les outils indispensables de l’architecte, dit Zack. Alors ça t’a plu ?
— Oui et j’ai même dessiné d’autres cubes en les empilant. Tiens regarde.

Zoé tend une feuille de papier à Zack qui le déplie.
— Eh, pas mal du tout. Tu as fait un mur comme un échiquier avec des ouvertures !
— Oui et ça fait comme un escalier de chaque côté, dit Zoé en passant ses doigts sur le dessin.

Pendant ce temps Fabien exécute des figures difficiles en skate que les autres ne semblent pas remarquer.

— Bon, les mecs, c’est là qu’on se quitte, dit Nathan en se dirigeant vers Fabien puis lui mettant la main sur l’épaule.
Zack s’éloigne de quelque pas puis se retourne et, en plissant les yeux, lance : « Bon allez les Kuadratusiens, à 18 point 02 rendez-vous sur IP 1448 et la suite que vous savez ». Il tend la main droite formant un carré avec les doigts.
— Au revoir Zoé, ajoute Zack en lui faisant un clin d’œil, avant de repartir.

Nathan est le premier à rentrer chez lui. Il range sagement son vélo dans le local de la cour et une fois dans l’appartement, se dirige vers sa chambre, pose son sac contre le bureau et allume l’ordinateur. Jeune garçon de 12 ans aux cheveux blonds foncés qu’il porte assez long, il est toujours en jean, polo et chaussures de randonnée. Un rayon de lumière filtre à travers les stores de la fenêtre et vient s’échouer sur une étagère de la bibliothèque remplie de livres et de DVD. Nathan a deux passions : l’histoire et les romans d’héroïc fantasy, mais aussi les vieux films en noir et blanc de capes et d’épées. Il aime se plonger dans des époques différentes en rêvant qu’il est à la place du héros.

Nathan va à la cuisine et se prépare un énorme bol de céréales avec du lait car il sait qu’il ne dînera pas avant trois ou quatre heures. Depuis que ses parents ont divorcé, sa mère a repris un travail à plein temps et rentre tard. Il arrive au jeune garçon de préparer le dîner pour soulager sa mère qui est souvent fatiguée. Elle dit souvent qu’elle a de la chance d’avoir un fils comme lui, si gentil et qui réussit aussi bien au collège. Nathan est un peu l’extraterrestre de la famille.

De retour dans sa chambre, l’ordinateur allumé, il regarde ses mails. Il reçoit régulièrement l’actualité des films qui sortent et des articles d’histoire. Il se régale à l’avance de les lire. Puis il jette un coup d’œil à la petite pendule accrochée devant lui, un cadeau de son père avant une visite chez le dentiste. Un petit chevalier en armure y donne l’heure : 18h02. Nathan regarde alors la montre qu’il garde au poignet, elle indique 17h56. Il la règle sur 18h02.
— Bon, pense-t-il à voix haute. Je dois retrouver Zack et Fabien sur Kuadratus pour avancer la construction de la cité antique.

— T’étais obligé de faire les yeux doux à Zack ? dit Fabien à sa sœur.
— Je ne fais pas les yeux doux, répond Zoé étonnée.
— C’est ça. Je t’ai vu lui montrer un dessin de volume, comme si tu ne savais pas que Zack aime le dessin et les constructions.
— Oui, et alors ? Serais-tu jaloux ? lance-t-elle en faisant une grimace.
— N’importe quoi ! dit Fabien, des éclairs dans ses yeux vert foncé.
— On dirait pourtant. Pourquoi ne veux-tu pas que je montre mes dessins à Zack ?
— C’est mon copain, pas le tien ! crie Fabien en ouvrant la porte d’entrée.

Fabien et Zoé entrent dans la maison en criant.
« Qu’est-ce qui se passe ? » dit la mère des enfants, debout dans le couloir. Puis elle se dirige vers la cuisine sans attendre la réponse.
— Dégage de mon chemin, dit Fabien en bousculant sa sœur d’un coup d’épaule.
— Aïe ! Tu me fais mal ! Décidément, comme dit maman, tu ne sais pas comment dépenser ton énergie.
— Oui, je sais. Et toi tu es une gentille petite fille qui lit tous les jours et se brosse bien les dents !

Fabien se réfugie dans sa chambre et claque la porte. Il jette son sac à dos par terre, se laisse tomber sur son lit, ses baskets aux pieds. Les mains derrière la tête, il regarde le plafond. Il plonge les yeux dans le poster de Bruno Sroka, le champion du monde de Kitesurf. Il aimerait comme lui partir à l’aventure et traverser les océans avec une planche et une voile.
« On doit se sentir libre, tout seul sur la mer, lance-t-il à voix haute. Pas d’école, pas de prof, pas de parents et surtout pas de gamine sur le dos. »

Puis, vers 18h, Fabien se lève, saisit son mini skateboard, le fait glisser sur son bureau avec deux doigts puis le met dans sa poche, ce gadget sur lequel il passe ses nerfs lui est devenu indispensable. Il quitte sa chambre et va s’assoir devant l’ordinateur familial installé dans un coin du salon. Il déboutonne sa chemise à carreau pour être plus à l’aise. Fabien porte souvent un pantalon de trek et un tee-shirt sur lequel il met toujours une chemise assortie. Pas question de manquer le jeu en multijoueur, il a eu du mal à obtenir que les deux autres lui donnent le code, maintenant il faut assurer. Fabien se connecte et inscrit le mot de passe. Quelques manipulations et il entre dans la ville que Nathan et Zack ont commencé à construire.

Fabien n’en revient pas de l’avancée du chantier. Il y a déjà un aqueduc de pierre qui amène l’eau depuis une source dans la campagne, des maisons de pierres et d’autres beaucoup plus simples en torchis, des rues étroites mais pavées et comme entremêlées, et une place centrale bordée de magasins. Tout près, le palais du roi est en construction avec de magnifiques terrasses arborées et des dizaines de pièces luxueuses. Les deux amis ont choisi des matières et des textures superbes : murs et sols de marbre blanc ou vert ; une pierre noire et brillante, l’obsidienne, pour certaines parois et des pots taillés dans une roche lisse et orangée, la cornaline.

Zoé, assise non loin de lui, près de la table basse, est en train de tisser un bracelet brésilien en laine, sa pelote tombe et se déroule. Le chat se précipite pour jouer avec. En quelques instants le fil est entortillé autour des barreaux des chaises du salon, créant une sorte de toile d’araignée jusque sous le fauteuil de Fabien qui s’énerve : « Enlève cette pelote ridicule de mes pieds ». Puis, voyant que Zoé rampe jusque sous le bureau pour récupérer le fil, il monte d’un ton : « Laisse-moi, je joue ! »

Zoé rembobine la pelote et la place dans son sac à dos rose. Elle fait une grimace à l’intention de son frère puis quitte la pièce :
— Je vais dans la chambre de maman, je vais jouer aussi, sur son ordinateur.
— C’est ça oui, va jouer à tes jeux de bébé !

A peine rentré chez lui, Zack a allumé son ordinateur et son scanner pour numériser le plan du temple dessiné plus tôt dans la journée. Il l’envoie à ses amis. Puis il se connecte, ouvre sa nouvelle map, le fond de carte sur lequel il commence à placer pierres et accessoires à toute vitesse, selon son habitude : absolument concentré, les yeux rivés sur l’écran. Les autres joueurs devront suivre ses directives pour compléter l’œuvre. Il éprouve de la joie à voir s’élaborer l’ensemble.

Fabien met son casque avec micro :
« Salut ! »
A ce moment une fenêtre s’ouvre au coin de l’écran de Zack et de celui de Nathan, avec en toutes lettres : « Fabien a rejoint le jeu ». Son avatar apparaît sur les écrans des autres joueurs. Il entend la voix de Nathan
— T’es prêt ?
— Oui.
— Super. Bon, Zack vient de nous envoyer le plan du temple par e-mail. Va le chercher et enregistre-le. On va tous bosser dessus.

Zack est en train de placer des piliers les uns à côté des autres, les colorent en rouge et pose dessus des chapiteaux plats, noirs, légèrement évasés. Nathan complète avec un sol constitué de dalles vertes puis élève un mur au fond. En deux minutes le temple est ébauché. Zack installe une porte.

Fabien cherche dans les éléments de décoration disponibles un insigne qui lui plaise et clique sur une frise représentant un combat de titans qu’il fait courir au fond du temple. A ce moment une fenêtre s’ouvre au coin des écrans indiquant : « Un joueur anonyme a rejoint le jeu ». Le nouveau venu profite de l’accélération du jeu pour ajouter sa touche personnelle : deux cornes de vaches dorées au-dessus d’une des portes de l’édifice.

« Comme cela, la ville prend tournure, commente Zack. Que pensez-vous de notre œuvre ? » lance-t-il dans le micro avec fierté.

Les autres n’ont pas le temps de répondre car, tout à coup, l’image à l’écran se met à sauter, la ville semble perdre ses morceaux. Nathan clique pour obtenir un autre angle de vue, en vain. Une musique aiguë sort du fond de la ville, suivie d’une sorte de grondement. Un rectangle rouge apparaît alors au milieu de l’écran, dessus, une phrase s’affiche et clignote : « OPEN THE DOOR ? »

— Qu’est-ce que c’est ? lance Zack. C’est nouveau. Je n’ai jamais vu ça dans ce jeu.
Nathan roucoule comme toujours lorsqu’il est épaté puis tente de fermer la fenêtre :
— Impossible de la fermer. Cette fenêtre fait bugger le jeu, quelle plaie ! C’est de ta faute Fabien !
— Mais c’est pas moi, j’te jure !
— Non, je rigole ! Puis, après un temps d’arrêt : « qu’est-ce que ça veut dire ? Elle bloque le jeu cette phrase. Pourquoi faudrait-il ouvrir la porte ? »

Zack réfléchit puis reprend :
— Après tout, pourquoi pas ? Cela ne coûte rien d’essayer, je vais cliquer sur « oui » et on verra bien.
— Non, lance Nathan. Je n’aime pas ça. Méfions-nous ! A tous les coups c’est un virus qui veut entrer dans notre map et infecter le jeu entier. Il vaut mieux refermer le tout.
— Refermer ! Tu plaisantes, je n’ai pas enregistré la map de la ville ! Si on ferme maintenant on la perd entièrement. Je veux garder ma ville ! dit Zack
— C’est notre ville à nous aussi ! précise son ami.

Fabien décide de prendre l’initiative. Il saisit sa souris et s’apprête à cliquer sur le « oui » quand la voix de Nathan surgit dans ses écouteurs : « Que celui qui veut cliquer sur cette phrase soit déclaré responsable de la perte de la ville et indigne de faire partie de notre groupe ! »

Fabien arrête son mouvement et lance un juron avant de se reculer sur son siège.

Long silence. Zack reprend au bout d’un moment : « c’est peut-être un accès à un niveau supérieur du jeu dont nous n’avons jamais été aussi près »
— Je n’aime pas ce « Open the door ? » lance Nathan.

Silence encore. Fabien reprend : « Alors qu’est-ce qu’on fait, hein, qu’est-ce que vous en dites, vous, les plus forts ? »

Nathan s’apprête à rétorquer quand le bruit infime d’un clic parvient à ses oreilles. Il a à peine le temps de réaliser que l’un de ses camarades a déclenché le « oui ». L’écran devient noir, puis un blue screen apparaît sur lequel le nombre 1448 défile en boucle puis remplit la surface entière de l’écran. La voix tendue de Zack surgit à ses oreilles comme démultipliée : « C’est quoi ce délire ? Je vois des chiffres défiler partout ! » Un sifflement aigu lui répond. Nathan porte les mains à sa tête et arrache son casque. Ebloui par une lumière fulgurante, il ferme les yeux et se bouche les oreilles. Le corps recroquevillé, il se sent porté dans un tourbillon qui s’accélère. Il hurle de terreur. Puis il ne trouve plus sa respiration tant la pression est forte. Son corps est comme étiré, à la limite du supportable. La tension se relâche brutalement. Il chute lourdement, plongé dans les ténèbres.

***

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