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Cléopâtre-Séléné est traînée au défilé d’Octave, futur empereur, dans les rues de Rome. Nous sommes en 29 av. J.-C., ses parents, Cléopâtre et Marc Antoine, viennent de se suicider. Soudain, un inconnu glisse un message mystérieux dans la main de la jeune fille. Il y est question de son héritage, des dieux de l’Egypte et de son propre rôle à jouer. Qui en est l’auteur ? Tandis qu’elle décrypte peu à peu le message, la mort frappe l’un de ses frères et l’autre disparaît. Séléné doit partir à la recherche de la vérité. Elle affrontera son entourage, découvrira le culte d’Isis à Rome, les méandres politiques mais aussi l’amour. A travers ce récit palpitant, découvrez le parcours hors norme d’un personnage historique méconnu.

 

Un nouvel épisode pour en savoir plus …

Episode 10 : La reine de Lybie

Séléné trouva le moyen de faire revenir Isopé près d’elle le lendemain, en prétextant une langueur due à son malheur et l’obligeant à garder le lit. L’homme se présenta. Il commença à compter les battements de son pouls. Séléné se laissait faire tout en laissant couler des larmes sur ses joues déjà brûlées par le sel du chagrin. La peur au ventre, elle se souvenait de la phrase du message :

« La reine de Libye ne régnera pas ».

Cette phrase-là aussi ressemblait à un arrêt de mort. Qui était cette reine ? Ce titre la troublait, il lui remettait en mémoire des souvenirs d’enfance dont elle n’arrivait pas à éclaircir les pans d’images confuses :

– Isopé, qui est la reine de Libye ?

Le médecin regarda instinctivement à droite et à gauche. Seule Charmion, silencieuse, mais comme aux aguets, était assise non loin, à terre. Elle vivait la perte d’Hélios dans un pénible silence. Le médecin se tourna vers Séléné :

– Je n’en vois qu’une à ma connaissance, et c’est toi ma reine.

Séléné sursauta tandis que son esprit se remplissait de mille images étranges qui s’entrecroisaient. Des souvenirs qui n’arrivaient pas à prendre forme et rendaient son front douloureux. Elle saisit le bras d’Isopé :

– Raconte-moi ! Pourquoi ? Je ne sais rien de cela.

L’homme se tourna vers Charmion qui faisait mine de ne pas écouter, puis il se racla la gorge et prit le ton doctoral de celui qui dispense une leçon :

– La reine de Libye pourrait être toi car ce titre t’a été officiellement décerné, il y a environ cinq ans, par tes nobles parents. Tu étais encore jeune et ta mémoire n’a peut-être pas bien conservé l’événement.

– Si, je m’en souviens un peu maintenant ! s’exclama Séléné, toute excitée. Nous étions réunis dans une immense salle. Tous les enfants étaient habillés en costume de cérémonie, c’est bien cela ?

– En effet. La cour et tous les dignitaires d’Egypte étaient rassemblés dans la salle du gymnase du palais de Cléopâtre, à Alexandrie, pour une cérémonie exceptionnelle. Ce jour-là, le consul Marc Antoine a confirmé Césarion comme fils de César puis il l’a consacré roi des rois. A l’âge de dix ans, il pouvait commencer à régner, aux côtés de sa mère, la reine des rois, sur l’Orient, ou disons plutôt contrôler les rois placés, de fait, sous la protection de la puissance égyptienne. Il portait le costume et les attributs traditionnels des pharaons d’Egypte. Sur sa tête, la double couronne, le pschent, formé de la couronne blanche, symbole royal de la Haute Egypte, le sud, et de la couronne rouge, l’équivalent pour la Basse Egypte, les deux réunies comme les deux parties du pays. La barbe postiche des pharaons lui donnait l’air d’un vieil enfant. Il portait, attachée à la taille, sur son pagne, la queue de taureau, ce fort emblème de puissance. Les bras croisés, il s’efforçait de bien tenir dans une main la crosse d’Osiris, témoignage de la nature divine du pharaon et dans l’autre le flagellum, image de la domination du roi sur son peuple. Ton illustre père était fier de préparer son héritage, aux yeux de tous. Ses enfants réunis incarnaient l’avenir de cette puissance nouvelle. Les jumeaux, Hélios et toi-même Séléné, à l’âge de sept ans, vous avez été faits roi et reine.

– Oui, nous sommes devenus roi et reine à ce moment-là, je le sais. Mais de quels royaumes exactement ?

– Si ma mémoire est bonne, à Hélios a été attribuée l’immense région orientale constituée de l’Arménie, de la Médie, du royaume des Parthes et, je crois, de toutes les régions situées entre les fleuves Euphrate et Indus, y compris l’ancienne Babylonie. Toi, tu as reçu la Cyrénaïque ainsi que la Libye, dont tu es ainsi devenue la reine. Je crois qu’une partie de la Crète t’a également été donnée, parce qu’elle avait été associée à la Cyrénaïque afin d’organiser la défense contre la piraterie.

Séléné tentait de se rappeler ses cours de géographie et ce qu’elle savait des régions du monde connu :

– Mais, Isopé, la plupart de ces terres orientales n’appartenaient ni à l’Egypte ni à Rome. Le royaume des Parthes était même la principale menace contre l’Empire. Jules César puis Marc Antoine ont cherché à le mettre à genou. Sans succès. Pourquoi nous les attribuer ?

– Ces terres, Antoine et Cléopâtre voulaient sans doute les conquérir et, peut-être, régner sur un empire d’Orient qui ferait face à la puissance de Rome. Je dis peut-être car nous ne savons pas quelles étaient vraiment leurs intentions. Certains le disent, mais nul ne peut affirmer qu’ils souhaitaient rompre avec l’Empire romain.

Sa mémoire livra à Séléné, comme en cadeau d’adieu, l’image d’Hélios ce jour-là. Elle balbutia :

– Hélios portait un costume de cérémonie, une robe à la mode perse, comme les rois mèdes et arméniens. Il était coiffé d’une haute tiare ornée de plumes de paon ! Il portait donc exactement le costume des provinces qu’il devait recevoir en héritage !

Silencieuse un instant, Séléné sentait monter en elle un désir de vengeance. Il était hors de question que l’on oublie Hélios et Césarion, désormais morts tous les deux ! Elle se tourna vers Isopé, avide de tout savoir sur cet événement, l’aboutissement du rêve commun de ses parents. Une cérémonie qui avait tant pesé sur leur vie. Il comprit et poursuivit :

– Le reste des territoires distribués était constitué de régions asiatiques qui avaient appartenu à l’empire d’Alexandre le Grand : la Phénicie, la Syrie septentrionale, la Cilicie et les régions situées entre l’Euphrate et l’Hellespont. C’est ton petit frère qui les a reçues. Son costume rappelait celui de l’immense conquérant. Il portait une chlamyde, la toque royale macédonienne, ainsi que le diadème royal de ce pays. Il avait également de petites chaussures de soldat pour rappeler que le grand Alexandre était avant tout un magnifique général qui marchait en tête de ses troupes, et non pas derrière comme la plupart des chefs. Ses soldats, qui l’aimaient, l’auraient suivi n’importe où.

Séléné sourit puis murmura :

– Ptolémée Philadelphe avait quatre ou cinq ans. Il se tenait bien droit, ce petit Alexandre le Grand miniature. Il adorait se déguiser, comme Hélios et moi d’ailleurs. Moi, je portais une robe de reine libyenne, c’est bien cela ?

Isopé acquiesça.

Séléné retrouvait petit à petit le souvenir de ce costume, la mémoire de son corps lui restituait l’impression d’avoir eu très chaud sous des vêtements peu adaptés aux températures de

la journée égyptienne. Une robe, ou plutôt une pièce de laine, enroulée autour de son corps, attachée sous les bras, lui descendait jusqu’à mi-jambes. Une cape, tissée en laine également, recouvrait ses épaules. Elle était mal fixée à la robe par une fibule trop petite. Séléné relevait de temps en temps le vêtement trop large, qui glissait le long de son buste. Le tintement des nombreux bracelets d’argent qui ornaient ses poignets rendait le geste peu discret, mais ce bruit, insignifiant, ne semblait gêner personne. Par-dessus la robe, elle portait, en plus, un vêtement taillé dans une peau de chèvre rasée, à franges de cuir rouge vif. Elle sentait aussi, autour de son cou d’enfant, le lourd poids des multiples colliers d’argent.

Séléné comprenait maintenant le sens de cet apparat. Elle se redressa et demanda :

– Mais où sont les preuves de ces donations ? Pourquoi est-ce que je ne régnerais pas sur la Libye puisque telle était la volonté de mes parents ? Je suis leur héritière !

– Tous ces legs, Antoine les a couchés dans son testament. Puis il l’a remis au temple de Vesta, à Rome. Les vestales devaient le conserver jusqu’à sa mort. Octave a appris l’existence de ce texte par les indiscrétions d’anciens proches d’Antoine qui venaient de changer de camp et faisaient du zèle, évidemment. Il s’en est emparé, obligeant les vestales à trahir leur promesse. Il l’a lu aux sénateurs de Rome, en insistant bien sur les ambitions d’Antoine. Il s’en est servi pour lui attirer la haine des Romains en présentant ton père comme un traître à sa patrie qui demandait, en plus, à être enterré aux côtés de la reine d’Egypte, à l’intérieur de son mausolée. Au moins ce vœu-là a été respecté.

– Et que s’est-il passé après ?

– Les sénateurs ont eu peur que l’Empire soit divisé. Octave en a profité. Il voulait le pouvoir pour lui seul. Il a déclaré la guerre à l’Egypte. Il a destitué Marc Antoine de son titre de consul car, en restant auprès de Cléopâtre, il se mettait hors-la-loi. Le reste, tu le connais, ce sont les batailles d’Actium et d’Alexandrie, la chute du royaume d’Egypte.

Séléné regarda Isopé comme on le ferait pour un oncle protecteur et lui demanda des détails sur la Libye.

– Hum, je ne sais pas tout sur la politique compliquée de l’Afrique. La Cyrénaïque, en bord de mer, était déjà une province romaine depuis une quarantaine d’années lorsque Marc Antoine t’en a institué l’héritière. Quant à la Libye, j’avoue que je ne sais pas où il en plaçait les frontières. Les Egyptiens ont nommé Téhénou cet ensemble. Puis Libye fut le nom donné,  par les Grecs sans doute, il y a plusieurs siècles, à toutes ces terres qui commençaient aux frontières ouest de l’Egypte. Des régions de sable, de montagnes désertiques ou bien des villes situées sur la côte, comme la ville de Cyrène. Les hommes étaient nommés indifféremment Libyens, mais ils forment en vérité une quantité de peuples différents. Les Libyens ont parfois été nos ennemis, ils ont cherché, et réussi parfois, à envahir le riche pays du Nil. L’Egypte attirait ces peuples dont les terres s’asséchaient de plus en plus. Grâce aux nomades qui sillonnaient le désert pour nous apporter les produits de l’Afrique, nous, les Egyptiens, savions depuis longtemps, bien avant les Romains, que ces terres s’étendaient jusqu’à une autre mer, très loin vers le couchant. Les Romains ont investi une partie de cette immensité, y ont fait la guerre et établi des campements militaires, sans pour autant la maîtriser.

Séléné avait tout écouté, l’œil rêveur. Cet homme avait tant de connaissances et lui parlait avec tant de liberté :

– Isopé, tu fais partie des rares personnes en qui j’ai confiance désormais. Protège-moi, je t’en supplie ! Je sens que je suis en danger.

– Je te le promets ma reine, et tu en auras bientôt la preuve.

Puis il recula en direction de la porte, fixant le sol en signe de respect, et disparut avec un air mystérieux, ne laissant pas à Séléné le temps de lui poser d’autres questions.