Le message mystérieux – Episode 9 – Hélios

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Le message mystérieux

Roman historique

La jeune Séléné est la fille de Cléopâtre VII, reine d’Egypte, et de Marc Antoine. Lorsque cette histoire commence, nous sommes en 29 av. J.-C. Séléné vit à Rome après le suicide de ses parents et doit participer au défilé du triomphe d’Octave, le futur empereur Auguste. C’est beaucoup d’humiliations mais aussi un message mystérieux donné par un inconnu. Elle le décrypte peu à peu. Mais qui en est l’auteur ? Après la mort d’un de ses frères Hélios, l’autre disparaît. Séléné, partie à sa recherche, découvre le culte d’Isis à Rome et les méandres politiques…

Ce roman, bien documenté, s’inspire d’événements historiques et de la vie réelle de Cléopâtre Séléné.

L’auteur, Paule Valois, vous en offre la lecture en feuilleton.

Paule Valois est historienne, professeur d’histoire-géographie, journaliste pour les magazines Archéologia, Historia, Pharaon magazine, Les grands secrets de l’archéologie, Votre Généalogie, Histoire de la marine, etc.

Le message mystérieux a été publié aux Editions Grimal en 2012.

Contact : paulevalois2@orange.fr

Le message mystérieux : Episode 9

– Pourquoi ne sors-tu pas de ta cachette ? Parce que je t’ai appelé Petit Hélios ? Pardon j’exagère parfois. C’est parce que je t’aime. En vérité, tu es devenu grand.

Ce matin-là, Séléné avait rejoint Hélios dans sa chambre à peine sa toilette terminée. Elle avait même accepté de jouer à cache-cache avec lui, un jeu qu’elle trouvait puéril depuis longtemps. Il se cachait si mal qu’elle le trouvait facilement, derrière une colonne ou sous des coussins entassés qui laissaient dépasser ses pieds nus. Cette fois-ci, elle tardait pourtant à le découvrir. Elle tendit les bras en aveugle et imita une magicienne en transe, à la voix chevrotante : « Hélios, je vais te trouver ! »

Elle fit le tour de la chambre lentement, à pas de loup, en retenant sa respiration, sans réussir à l’apercevoir. Finalement, elle s’allongea sur une petite banquette, attendit, répéta :

– Pardon. J’exagère !

Elle le chercha du regard un long moment encore et finit par l’apercevoir, à moitié caché derrière une tenture… Son visage surgit derrière le rideau comme un masque de théâtre.

– Ne me fixe pas avec ces yeux exorbités.

– (…)

– Tu pâlis ! Tu es vexé ? Lâche ce rideau !

– (…)

– Je suis d’accord pour ne plus jouer ! dit-elle encore pour plaisanter.

Hélios rejoignit sa sœur à petits pas en se tenant le ventre. Il vint s’asseoir près d’elle et parla enfin :

– J’ai très mal au cœur et à la tête !

Il respirait avec peine.

– Tu es malade, c’est évident. Tu as pris un énorme petit déjeuner, comme d’habitude, alors que ce n’est pas bon pour la santé. Tout le monde t’explique que cela ne se fait pas à

Rome. Voilà, tu ne le digères pas.

Devant le visage de plus en plus livide et suant de son frère, Séléné s’inquiéta vraiment :

– En fait, tu as dû manger un aliment infecté.

Hélios vomit un peu de sang, et se réfugia dans les bras ouverts de Séléné. Elle s’apprêtait à appeler un serviteur pour obtenir des linges et le faire nettoyer lorsqu’Hélios fut pris d’un

étouffement spectaculaire. Elle le reposa à terre et se leva prestement. Sa longue robe blanche entrava ses jambes. Séléné, tachée du liquide tiède, sentit la mort, présente, cherchant une fois de plus à dévorer sa famille. L’image de Cléopâtre lui traversa l’esprit.

Quelques mots réussirent à s’échapper de sa gorge serrée : « Séléné, ta vie est en danger. Mets-toi en sécurité. »

 

Elle courut vers le couloir. Là, elle appela au secours :

– Octavie !

Octavie qui l’aimait.

Ce fut Charmion qui surgit, le visage interrogateur, mais déjà inquiet.

– Charmion, appelle un médecin ! Hélios est gravement malade. On dirait qu’il étouffe.

Devant le visage affolé de cette femme qui l’avait tant de fois écoutée, consolée, les larmes jaillirent des yeux de Séléné. Elle balbutia :

– Charmion, je crois qu’Hélios a été empoisonné !

– Même si c’est vrai, il ne faut pas le dire, Princesse.

– Je sais d’où cela vient.

– Ne dis rien de ce que tu penses. C’est trop dangereux, murmura la femme. Promets-le à la déesse Isis !

 

La nourrice courut chercher de l’aide. Séléné, restée seule, se laissa envahir par la peur. L’envie de s’enfuir luttait avec celle de venir en aide à son frère jumeau dont elle n’arrivait

pas à se détacher. Les poumons entravés, cherchant de l’air, Séléné pensa tout à coup à la phrase du message : « La lune survivra-t-elle au dernier voyage du soleil ? » C’était évident :

Hélios signifiait « soleil » tandis que Séléné était la « lune ». Ce soleil risquait de partir pour son dernier voyage, celui qui mène les morts vers le pays de l’Ouest où ils séjournent à tout

jamais. Pourrait-elle lui survivre en effet ? Celui qui avait commandité la mort de son frère allait-il bientôt tenter de la supprimer elle aussi ?

Elle appela Charmion à nouveau, qui réapparut bientôt avec des domestiques et, juste derrière elle, Isopé qui s’inclina devant Séléné. Il se pencha sur le corps d’Hélios, maintenant inerte, palpa son ventre, écouta le cœur et chercha le souffle sur la bouche du garçon. Il se releva enfin :

– Il vit. Nous allons le transporter dans sa chambre.

 

Isopé était encore au chevet d’Hélios le lendemain matin. Séléné, marquée par le manque de sommeil, ne trouvait plus rien à dire. Des bruits de discussions lui parvenaient de toute

la maison. On parlait beaucoup de l’événement. Il était question d’une épidémie qui sévissait dans toute la ville, une maladie qui envahissait le corps, le vidait et l’épuisait, tuant les plus faibles. Il était fort possible qu’Hélios en soit atteint. Séléné se tordait les doigts devant le visage livide et le corps éprouvé de son frère : il fallait qu’Hélios guérisse !

 

Octavie entra dans la pièce avec son propre médecin. Ils se dirigèrent vers Isopé et lui firent signe de les rejoindre. Après un moment passé à s’entretenir avec les deux hommes, Octavie rejoignit Séléné et l’embrassa sur le front. La jeune fille lui rendit un baiser sur la joue, puis se raidit. Elles attendirent un long moment. L’atmosphère confinée de la chambre devenait étouffante. Séléné, épuisée, jetait de temps en temps un regard vers Octavie. Elle cherchait à lire sur son visage la réponse à ses multiples questions : Que savait-elle sur tout cela ? Est-ce qu’il y avait une monstrueuse machination derrière le mal qui terrassait Hélios ? Octave avait-il décrété sa mort ?

Puis elle aperçut tout à coup, avec horreur, le geste d’Isopé qui rabattait le drap sur le visage de Hélios. Le médecin égyptien se dirigea vers les deux femmes. Il s’inclina d’abord devant Séléné et articula doucement :

– La survie dans le pays de l’Occident du roi Alexandre Hélios est laissée au jugement du dieu des morts Osiris.

Puis il s’adressa à Octavie :

– L’enfant est mort, d’un affaiblissement dû à un dérangement des entrailles doublé d’une attaque des poumons.

Séléné, comme paralysée jusque-là, lâcha un cri rauque qui lui lacéra le corps. Octavie fronça les sourcils et la prit dans ses bras :

– Pauvre petite ! Pauvre enfant ! Perdre cet être que tu aimais tant. Je souffre avec toi.

Séléné accepta de se laisser aller un instant. Cependant, le doute sur l’origine de la mort de son frère ne la quittait pas. Elle regarda autour d’elle, cherchant une respiration, un espoir. Elle rencontra le beau regard d’Isopé, lustré comme de la soie aux reflets dorés. Il la fixait avec plus de force que si tout son corps l’avait soutenu. Ses yeux clignèrent comme pour un acquiescement ou un signe de complicité en réponse à la demande muette.