Le message mystérieux – Episode 6- Le souvenir de Césarion

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Le message mystérieux

Roman historique

Auteur : Paule Valois

La jeune Séléné est la fille de Cléopâtre VII, reine d’Egypte, et de Marc Antoine. Lorsque cette histoire commence, nous sommes en 29 av. J.-C. Séléné vit à Rome après le suicide de ses parents et doit participer au défilé du triomphe d’Octave, le futur empereur Auguste. C’est beaucoup d’humiliations mais aussi un message mystérieux donné par un inconnu. Elle le décrypte peu à peu. Mais qui en est l’auteur ? Après la mort d’un de ses frères Hélios, l’autre disparaît. Séléné, partie à sa recherche, découvre le culte d’Isis à Rome et les méandres politiques…

Ce roman, bien documenté, s’inspire d’événements historiques et de la vie réelle de Cléopâtre Séléné.

Paule Valois vous en offre la lecture en feuilleton.

Un épisode sera ajouté au début de chaque mois. Bonne lecture !

 

Episode 6

 

Les minutes s’écoulèrent. Séléné, voyant son frère trembler et n’entendant aucun bruit, se décida à sortir. Ils refirent lentement le chemin inverse, épiant la moindre présence autour d’eux. L’ombre avait disparu. En revanche, Antonia et Jotape accouraient vers eux. Antonia s’écria en agitant les bras :

– On vous cherche depuis une demi-heure ! Il faut aller dans la grande salle de réception. Maman nous appelle tous.

Séléné s’arrêta, angoissée :

– Pour quoi faire ?

– Vous êtes tout blancs, vous tremblez ! Où êtes-vous allés ?

– Tais-toi, Antonia, il y a des affaires d’Etat que tu ignores.

Antonia baissa la tête puis articula :

– Octave nous rend visite. Il faut aller le saluer.

Séléné blêmit :

– Pourquoi nous ?

– Nous tous, répondit la petite. Marcellus et tous les enfants de Marc Antoine, donc Iullus Antonius, Antonia la Jeune et moi, Ptolémée Philadelphe et vous deux. C’est vite fait, ras-sure-toi. Jotape et moi nous n’avons presque rien dit. Tu n’as qu’à faire une petite révérence et te retirer. S’il t’adresse la parole, tu réponds que tu es parfaitement d’accord avec lui. Cela vaut mieux pour toi. Et n’oublie pas de lui faire des louanges sur sa grandeur.

– Je n’irai pas. Hélios non plus. Est-ce qu’il y a des gardes ?

– Bien sûr, ils font des rondes et se promènent pour surveiller toute la maison.

– S’il te plaît, Antonia, va dire à Octavie que nous sommes malades. Nous avons attrapé froid hier soir sur la terrasse.

– Cela se voit, en effet, vous grelottez.

– Ha, tu t’en rends compte toi-même !

Antonia hésita :

– Je pourrais lui dire, bien entendu. Mais vous devriez tout de même venir. C’est Octave en personne qui nous rend visite !

Séléné s’impatienta :

– Tu ne comprends pas. Nous avons besoin d’un médecin immédiatement ! Je vais rejoindre ma nourrice. Va ! Va dire à ta mère que nous souhaitons être excusés. Nous ne voudrions pas transmettre notre maladie à l’Imperator, au consul, le plus haut magistrat de Rome. La toux, les poumons infectés par des miasmes dangereux, cela peut devenir mortel ! Nous savons qu’il est de santé fragile.

Antonia, apparemment convaincue, prit la main de Jotape et détala en direction de la grande salle. Séléné soupira, reprit sa marche en tenant fermement Hélios :

– Nous ne devons ni le rencontrer ni risquer de nous trouver face à un homme de sa garde personnelle, souffla-t-elle. J’ai reçu tout à l’heure un avertissement, provenant sans douted’un messager divin. Un événement a défilé devant mes yeux exactement comme une réalité. La mort nous guette, mon frère et petit amour.

Hélios grimaça et se laissa guider.

Dans sa tenue de lin blanc, l’Egyptien Isopé entra avec respect dans la chambre. Cet esclave très lettré, au crâne totalement chauve, était connu pour ses qualités de médecin. Octave l’avait ramené de la cour d’Alexandrie. Il avait l’habitude de conseiller et de soigner Cléopâtre elle-même.

Séléné l’attendait, allongée sur son lit. Il s’approcha et lui prit la main, d’une poignée chaleureuse. Elle sut immédiatement que cet homme d’Alexandrie allait pouvoir la protéger. Il faisait peut-être partie de ceux qui la soutenaient à Rome. Il lui toucha le front pour évaluer sa fièvre, fit la moue, lui demanda d’ouvrir la bouche et de tirer la langue pour en observer l’aspect. Elle lui fit signe que cela ne serait pas nécessaire puis se lança, les yeux droits dans ceux de l’Egyptien :

– Isopé, je vais avoir besoin de toi car nous sommes très malades et surtout, en danger. Tu as soigné ma mère, je compte sur toi. Est-ce que j’ai raison ?

Le médecin s’inclina. Il semblait deviner ce que Séléné sous-entendait et un sourire se dessina sur son visage, habituellement grave et fermé.

Pour retenir Isopé près d’elle un peu plus longtemps, elle songea à tout lui raconter, puis renonça par prudence. Elle décida d’utiliser un moyen détourné. Il lui sembla plus facile de lui faire comprendre la situation en lui racontant les derniers jours de la vie de son demi-frère, Césarion. Ce prénom signifiait « petit César ». On l’avait tout de suite surnommé ainsi dans la ville d’Alexandrie. Il était en effet le fils de Jules César et de Cléopâtre. Elle rêvait souvent de lui, de la façon dont il avait été trompé et pris au piège par Octave. L’image du garçon la hantait :

– Isopé, puis-je te parler de l’assassinat de mon frère ?

– Bien sûr. Je t’écoute.

– Je vais t’expliquer ce que je sais des circonstances de la mort de Césarion. Ma mère, pharaonne immortelle, avait décidé de tenir tête à Octave. Il s’approchait d’Alexandrie, elle tenait à préserver l’indépendance de l’Egypte et l’avenir de sa dynastie. Si Césarion tombait entre ses mains, elle ne pourrait rien négocier. Au contraire, elle voulait montrer aux Alexandrins qu’ils avaient un futur roi, qu’il monterait sur le trône d’Egypte ou en tout cas pourrait le revendiquer. Elle décida de faire partir Césarion pour le mettre en sécurité, assurer son avenir et lui transmettre ainsi la royauté sur l’Orient. Elle préférait se séparer de lui plutôt que de lui faire courir des risques ! Il est parti, et je me souviens lui avoir dit au revoir. Il était entouré d’une suite importante d’esclaves et de son précepteur, Rhodon. Il emportait une grosse somme d’argent, comme tout roi qui voyage. Ils ont traversé le désert et atteint Bérénice, un port situé sur la côte de la mer Rouge. Ma mère l’a appris par un messager. Elle a ordonné à Rhodon de poursuivre vers l’Orient, vers l’Inde, le plus vite possible, car ellecraignait qu’Octave les rattrape. Rhodon devait présenter Césarion comme un descendant, en exil, du roi Alexandre le Grand. Ce qui était presque la vérité puisque le fondateur de notre dynastie, Ptolémée Sôter, fils de Lagos, était un fidèle général et un ami proche du grand Alexandre. Il l’a choisi pour gouverner l’Egypte en son absence, pendant qu’il poursuivait ses conquêtes. Après la mort du grand homme, Ptolémée a été nommé satrape d’Egypte avant d’en devenir le roi. Alexandre s’était fait des alliés en Asie où on respectait sa mémoire. Césarion y serait à coup sûr bien accueilli par les rois d’Aréie, de Bactriane et bien d’autres. Ce plan, bien pensé, aurait pu être un succès. Hélas, c’était compter sans la trahison de Rhodon, soudoyé par des espions d’Octave ! Il réussit à convaincre Césarion de retourner à Alexandrie, où sa mère, soi-disant, le réclamait. Je n’ai jamais revu Césarion. Il a été étranglé par des sbires d’Octave, sans doute avant d’atteindre la ville. Il avait quatorze ans. Dans le palais, chacun, fou de terreur après la mort de la reine, ne songeait qu’à protéger sa propre personne !

Séléné reprit son souffle et ajouta timidement :

– J’ai appris tout cela par un de mes maîtres grecs, qui a interrogé des témoins et noté en secret tout ce qui s’était passé.

Isopé réfléchit un long moment tout en l’observant et se décida à parler :

– Octave ne tient pas à être rendu responsable d’un nouvel assassinat.